Pourquoi un blog sur les nations?

La question des nations revient en force au premier rang des représentations géopolitiques mobilisatrices en Europe et ailleurs dans le monde. En Europe, cette résurgence, par le biais des bons résultats électoraux de partis politiques qui s’affichent nationalistes, est associée à une contestation de la mondialisation libérale. Celle-ci par le biais de la libre circulation des capitaux a considérablement affaibli le pouvoir des États sur le socle des emplois nationaux et le niveau de vie en organisant le dumping social à l’échelle de la planète, en exacerbant la compétition entre territoires aux dépends des travailleurs qui y vivent

Nation, nations nationalistes est le titre d’un numéro d’Hérodote daté de 1994. Il y a 25 ans, le sommaire de ce numéro double était partagé en quatre parties : Europe occidentale,  Russie,  Grands territoires nationaux, Nations et islamisme. 

L’éditorial d’Yves Lacoste ouvrait le numéro sur l’évocation d’une contradiction récurrente entre la dénonciation des abominations provoquées par les nationalistes (à l’époque c’est le génocide du Rwanda et la guerre en Bosnie qui fait l’actualité) et la célébration romantique de la geste des mouvements de libération nationale, à l’époque en Slovénie ou en Croatie.  Lacoste écrit alors : « il ne faut pas confondre nation et nationaliste : certes, entre ces deux termes, il y a plus que des interactions que recouvre le flou et ambigu concept de nationalisme. Mais plutôt que de faire des distinctions sémantiques, il faut souligner les différences en fonction des situations géopolitiques, selon que la nation est indépendante ou qu’elle ne l’est pas, selon s’agit d’un État nation qui n’est pas agressé par un autre, ou d’un peuple qui lutte pour son indépendance. »

Ce blog a pour objet de décrire des situations géopolitiques dans lesquelles les représentations géopolitiques de la nation sont mobilisées, des groupes se disent nationalistes, d’autres s’y refusent tout en parlant de la souveraineté nationale, ou bien font des petites nations sans états l’alpha et l’oméga de la démocratie.

La distinction entre les trois termes du titre a pour objet d’ouvrir la discussion sur les stratégies concrètes qui s’appuient sur la représentation géopolitique de « la nation »,  en organisant les discours à partir des expériences historiques des différentes « nations ». L’étude des « nationalistes » renvoient aux acteurs qui, sur la base d’un sentiment diffus au sein d’une population, conquièrent le pouvoir. L’image du petit toréador pris entre les doigts d’une dame très sensuelle illustre que le sentiment national peut jouer le rôle d’un piège pour les électeurs s’il est manié par d’habiles stratèges politiques. Elle traduit la motivation qui me pousse à formaliser mes inquiétudes en ce 21 e siècle où je vois revenir ce qu’un écrivain espagnol a nommé « le temps des hymnes[1] ».

Je résumerai des textes anciens, signés de ma plume ou par d’autres, afin de construire une perspective historique,  et j’en proposerai de  nouveaux. Je divise dans un premier temps le blog par aires géographiques afin de situer les descriptions, les différences, qui feront apparaître aussi des points communs.  Je réserve une place particulière à l’Espagne, à la France. Le bloc des études sur « l’ailleurs » se subdivisera à mesure qu’il sera nourri d’exemples. 

L’objectif est de distinguer l’apport de l’approche géopolitique de la nation, complémentaire des autres manières d’aborder cette question.

Le blog s’adresse aux journalistes, étudiants, collègues, qui y chercheront des idées et des informations. Il ne se donne pas comme priorité de suivre de très près l’actualité, mais celle d’offrir des réflexions en résonnance avec l’actualité. 

Un bloc, « archives B.LOYER », est consacré à l’historique de l’ensemble de mes articles, quelques-uns non publiés, classés par années.


[1]Lorenzo Silva, El tiempo de los himnos, El Mundo,  3/3/2019, https://www.elmundo.es/espana/2019/03/03/5c7b8c3bfc6c839d508b459a.html